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Spiritualité ignatienne pour une conversion écologique: Forces et faiblesses

31 octobre 2015
«Si nous nous approchons de la nature et de l’environnement sans cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement, si nous ne parlons plus le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde, nos attitudes seront celles du dominateur, du consommateur ou du pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats. En revanche, si nous nous sentons intimement unis à tout ce qui existe, la sobriété et le souci de protection jailliront spontanément.» (Laudato si’, n.11) Crédit photo: P Walpole in Bendum, Philippines

«Si nous nous approchons de la nature et de l’environnement sans cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement, si nous ne parlons plus le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde, nos attitudes seront celles du dominateur, du consommateur ou du pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats. En revanche, si nous nous sentons intimement unis à tout ce qui existe, la sobriété et le souci de protection jailliront spontanément.» (Laudato si’, n.11) Crédit photo: P Walpole in Bendum, Philippines

José Ignacio García, SJ (Traduit de l’anglais par Setibo Batuzolele, SJ)

L’écologie est devenue un sujet crucial de notre temps. Le modèle de développement économique actuel, fondé sur la grande industrialisation et sur le consumérisme conséquent, est devenu un élément important dans notre vie sociale. Ce modèle est porté par d’autres éléments importants tels que l’innovation technologique, l’industrie de la publicité, et l’activité financière. Il ne fait aucun doute, nous vivons de bons moments jamais connus auparavant, et ceci concerne nombre de personnes à travers le monde.

Bien que l’analyse semble simplifiée, nous payons un prix trop élevé car, il semble de plus en plus clair, un modèle de développement sera très difficile à maintenir dans l’avenir: celui où des millions de personnes ne bénéficient pas toujours des mêmes avantages.

La crise écologique, pendant que nous suivons le processus de production, se réfère à l’épuisement des ressources naturelles. Le pétrole, le gaz ou les minerais ne sont pas des ressources renouvelables, donc une fois extraites, elles ne peuvent plus être récupérées. Même avec les ressources dites renouvelables, la situation n’est pas meilleure. La déforestation, la pollution des nappes aquifères, la surpêche qui déprécie les pêches traditionnelles et le niveau de pollution de l’air sont une menace quotidienne pour notre santé. La biodiversité souffre de grands dommages. Seul le soleil semble échapper à notre activité prédatrice.

La réponse chrétienne, comme l’a souligné Jean-Paul II et clairement exprimée par le Pape François, est une conversion écologique, «qui implique de laisser jaillir toutes les conséquences de leur rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde qui les entoure» et ceci est aussi parce que «(v)ivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu est une part essentielle d’une existence vertueuse; cela n’est pas quelque chose d’optionnel ni un aspect secondaire dans l’expérience chrétienne.» (Laudato si’, n.217)

Le but de cet article est de proposer des points forts et des points faibles qui peuvent être identifiés dans la spiritualité ignatienne lorsque nous recherchons cette conversion écologique. Évidemment, tous ces points ne peuvent pas être considérés comme étant exclusifs à la spiritualité ignatienne mais ils partagent plusieurs aspects de la situation des chrétiens en général.

L’individualisme et le risque d’un anthropocentrisme excessif

Il est évident que l’individualisme n’est pas exclusivement le fruit de la spiritualité ignatienne, mais nous ne pouvons pas ignorer que la spiritualité ignatienne peut en effet renforcer cette attitude. De par sa dynamique qui est fondamentalement une expérience individuelle, l’oraison mentale facilite une expérience spirituelle personnelle intérieure du sujet: discernement, consolation et désolation, entre autres.

Cette expérience intérieure sera observée plus tard dans l’expérience de vie de l’individu. Mais ici, la spiritualité ignatienne ne laisse pas émerger principalement un groupe ou une communauté, mais des gens engagés qui, dans un second temps, deviennent liés et socialisent avec d’autres. Nous pourrions dire que la spiritualité ignatienne n’est pas individualiste mais elle concerne certainement l’individu.

La logique du «autant que» et la relation difficile avec la création

Le Principe et Fondement (P&F) est un élément clé dans la spiritualité ignatienne et, si nous faisons fi du contexte transcendant, il se réfère à un énorme préjugé anthropocentrique: «L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme, et les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé. D’où il suit que l’homme doit user de ces choses dans la mesure où elles l’aident pour sa fin et qu’il doit s’en dégager dans la mesure où elles sont, pour lui, un obstacle à cette fin.» (Ex Sp 23)

Ce qui au départ est une merveilleuse invitation à vivre une saine indifférence vis-à-vis des choses, et ne pas se sentir piéger par elles, peut nous conduire vers une zone plus ambiguë où son propre statut n’est pas reconnu comme à sa création et dans laquelle l’homme devient la mesure de toutes choses, parce que tout serait mis devant lui pour son service.

Nous devons lire le Principe et Fondement dans cette dimension transcendante pour surmonter un horizon pragmatique et utilitariste. Comme dit le Pape François: «Si nous nous approchons de la nature et de l’environnement sans cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement, si nous ne parlons plus le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde, nos attitudes seront celles du dominateur, du consommateur ou du pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats. En revanche, si nous nous sentons intimement unis à tout ce qui existe, la sobriété et le souci de protection jailliront spontanément.» (Laudato si’, n.11)

La dynamique de l’Incarnation: comment Dieu embrasse le monde

Jusqu’ici, nous avons vu des limites potentielles de la spiritualité ignatienne dans ce processus de conversion écologique. Nous soulignons certains de ces éléments qui peuvent aider dans ce chemin de conversion.

Dans la contemplation de l’Incarnation (Ex Sp 101), un modèle nous est offert en trois étapes pour rencontrer le monde créé: contempler, avoir de la compassion, s’engager dans et avec le monde.

Avec ceci, nous décrivons aussi une dynamique très efficace pour la conversion écologique car, il est évident, nous devons changer notre façon de regarder afin de trouver des valeurs là où nous ne voyions que le profit. Nous devons comprendre non seulement la complexité du monde naturel et les interactions complexes qui le maintiennent en équilibre (systèmes physiques et chimiques), mais nous devons aussi insister sur la réalité, en particulier avec les plus fragiles et ceux qui souffrent, de sorte que nous puissions nous engager en toute responsabilité.

De la contemplation à l’engagement écologique

La deuxième semaine des Exercices Spirituels est cruciale pour définir la dimension apostolique de notre foi. Elle doit aussi jouer un rôle important dans cette conversion écologique. Nous devons passer de l’admiration que provoque l’action fascinante du Dieu Créateur à l’engagement et à la vie radicale attendue du disciple de Jésus. Cette conversion n’est possible que si elle n’implique une transformation de notre mode de vie, de notre comportement personnel.

La spiritualité ignatienne repose sur l’élection et la vie de disciple à la suite de Jésus. La contemplation de la vie de Jésus-Christ nous aide à surmonter les difficultés que nous avons déjà rencontrées. Contre l’individualisme, nous essayons d’intégrer l’expérience de disciple dans la communauté. Les risques environnementaux ne sont pas les «autres risques», mais les «mêmes risques» de toute action humaine dépourvue d’un horizon éthique. «Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature.» (Laudato si’, n.139)

Le pouvoir du choix

Jusqu’ici, nous avons vu deux aspects de la spiritualité ignatienne qui peuvent contribuer positivement à la conversion écologique: ancrer cette expérience spirituelle dans la gratitude à travers la contemplation du mystère de l’Incarnation; et la dynamique élection-disciple comme une forme de réponse à l’amour initial de Dieu.

Le troisième et dernier élément est la pratique du discernement. Elle est cruciale en raison de nombreux risques qui apparaissent lorsque l’on se met à la suite du Seigneur (la peur, les préjugés, l’idéologie, la paralysie ou la critique ignorante) surtout quand il s’agit de guider notre comportement dans la société.

Le rôle du discernement dans cette conversion écologique est très important parce que, comme indiqué précédemment, notre pratique doit être accompagnée d’une évaluation prudente des données fournies par la science, par la connaissance des événements et des acteurs concernés, et pour une infatigable recherche servant à découvrir les plus défavorisés et ceux qui souffrent le plus dans ce contexte. Le discernement joue un rôle crucial et nous évite de tomber dans des positions naïves ou volontaristes qui ont peu à avoir avec la liberté des disciples de Jésus.

Cet article est extrait du numéro d’octobre-décembre 2015 de la revue jésuite Manresa sur la spiritualité ignatienne et l’écologie et, comment celles-ci se retrouvent dans Laudato si’, l’encyclique du Pape sur l’écologie. La version complète de cet article peut être consultée sur Ecojesuit. Ecojesuit a la permission de diffuser des articles de ce numéro de Manresa.

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Ce message est également disponible en: Anglais, Espagnol

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One Response to Spiritualité ignatienne pour une conversion écologique: Forces et faiblesses

  1. Adelson sj on 18 novembre 2015 at 2:41

    Artigo sobre a espiritualidade inaciana e a questão ecológica. Recomendo!

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