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Genre et justice climatique dans l’Accord de Paris

15 décembre 2015
Crédit photo: caritas.org.au

Crédit photo: caritas.org.au

Paula Sendín (Traduction de Jean-Christian Ndoki, SJ)

Les négociations climatiques de la COP21, récemment conclues, ont abouti à l’Accord de Paris, dans lequel plus de 190 nations ont reconnu les risques liés au changement climatique, la nécessité de cheminer vers la fin de l’industrie d’énergie fossile, ainsi que le seuil de 1,5 degrés Celsius dans le réchauffement climatique. Cependant, il y a une inadéquation dans le texte quant au souci pour les plus vulnérables, notamment les femmes.

Selon la CIDSE (Coopération Internationale pour le Développement et la Solidarité), une alliance internationale de 17 organisations Catholiques de développement, «il n’y a aucune garantie que les futurs besoins de financement de la plupart des pauvres et vulnérables seront adressés et satisfaits.»

CIDSE a suivi les négociations officielles, engagé et mobilisé ses membres et partenaires, conjointement avec la société civile, à travers plusieurs événements parallèles. Le jesuit Centre social européen (JESC) et Ecojesuit ont rejoint CIDSE dans plusieurs de ces activités au cours de la dernière semaine des négociations. CIDSE voulait aussi porter une attention particulière aux questions de genre liées au changement climatique, soulignant la vulnérabilité accrue des femmes aux effets dévastateurs d’un changement de climat.

Une des conséquences les plus néfastes du changement climatique est la pression supplémentaire sur des groupes déjà vulnérables tels que les femmes et les enfants. L’impact sur la disponibilité des eaux souterraines rend l’accès à l’eau beaucoup plus difficile. Vivre dans les habitats riverains expose femmes et enfants aux catastrophes naturelles. La pollution liée à la poussière augmente considérablement les maladies respiratoires. La transformation des paysages à travers la pollution des sols et la désertification réduit les possibilités pour l’agriculture. La déforestation rend plus difficile l’accès au bois de chauffage.

Dans un communiqué de presse conjoint, CIDSE et Caritas Internationalis ont noté l’absence de la protection des Droits Humains au cœur de l’accord. Cette situation risque de conduire à des projets relatifs au climat mais violant les Droits Humains et servant des intérêts qui prévalent sur le bien commun.

CIDSE a organisé une table ronde sur «La mise en place du mouvement des femmes pour la justice écologique et climatique» avec les alliés et partenaires tels que WoMin, le mouvement africain des femmes contre l’extraction destructrice des ressources. Ce fut une occasion privilégiée de connaître la situation des femmes dans les zones les plus touchées en Afrique du Sud avec les activités minières.

Mme Pinki Langa, qui travaille avec les Communautés Unies en Action des Femmes Affectées par l’Exploitation Minière (WAMUA), a expliqué comment l’extraction du charbon dans le Mpumalanga, une province dans l’Est de l’Afrique du Sud, fait de la région l’une des plus polluées du pays. Mme Langa s’est référée à la manière dont de nombreuses femmes sont embauchées pour le travail, au prix d’une forte exploitation physique, à Witbank (aussi connu comme eMalahleni), une ville située sur le Highveld de Mpumalanga.

«Nous rencontrons de nombreux défis dans cette tâche de promouvoir l’autonomie des femmes. Par exemple, comment pouvons-nous aider les femmes à collecter de l’eau alors qu’il n’y a tout simplement pas d’eau? Nous essayons bien sûr de les soutenir par d’autres moyen,» a ajouté Mme Langa. Les femmes reconnaissent qu’elles ont aussi besoin de travailler avec les hommes, mais ce n’est pas toujours facile car il arrive souvent que les hommes empêchent aux femmes de s’exprimer ou de participer à des réunions ou assemblées. «Nous avons d’abord essayé de fonctionner séparément mais maintenant nous essayons d’impliquer également les hommes.»

WoMin est une alliance féministe régionale regroupant des femmes africaines dans la lutte contre l’extraction des ressources qui détruit la terre, les écosystèmes, les moyens de subsistance et la vie. Pour ces femmes, c’est une occasion importante de partager leur histoire, d’échanger des expériences, d’offrir solidarité et espoir, et de partager les expériences sur la façon dont les femmes pourraient être mobilisées localement.

Selon Maitet Ledesma de l’Alliance Internationale des Femmes (IWA), «les femmes, en particulier celles des groupes marginalisés et du petit peuple, portent le poids immense des injustices dues au changement climatique.»

Il y a aussi l’appel à une perspective systémique  pour mettre en évidence l’ampleur des luttes des femmes pour la justice climatique. Parmi les aspects de cette perspective, il faut mentionner «les analyses innovantes sur des questions transversales qui impliquent le genre, le changement climatique, et d’autres points importants (par exemple la santé ou les conflits); la question de la budgétisation et des ressources allouées aux femmes, l’équilibre entre les stratégies de mitigation et d’adaptation; le renforcement des capacités des femmes afin de réintroduire la notion de ‘pouvoir’; … et la durabilité du développement en lien avec la démocratie».

Dans le monde, il y a encore beaucoup de pays où les femmes sont exclues des cercles décisionnels, n’ont pas accès aux ressources naturelles, ni à leur contrôle, ce qui limite leur capacité à s’adapter à un climat changeant. Ceci est la préoccupation fondamentale des groupes militant pour une plus grande participation des femmes dans la prise de décisions et la mobilisation. Et comme les plans d’actions sont en train d’être examinés et développés pour promouvoir l’Accord de Paris dans chaque pays, il convient d’intégrer cette dimension.

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