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La Compagnie de Jésus et l’écologie

29 février 2016
Crédit photo: S Miclat

Crédit photo: S Miclat

Patxi Álvarez, SJ (Traduction de Y.V.)

La sensibilité écologique des communautés humaines se développe partout dans le monde.  Notre conscience se développe lorsque nous sommes frappés par des phénomènes tels que la dégradation de l’environnement, la pollution de l’air et des sols, l’accumulation des déchets, les catastrophes naturelles, les événements climatiques extrêmes tels que les sécheresses et les inondations, la disparition des espèces…  Aujourd’hui, nous savons mieux que jamais que la terre est en danger à cause de l’action humaine et que notre destin est lié à celui de la vie sur notre planète.

Le changement climatique se montre particulièrement préoccupant.  Le réchauffement est un fait dont les conséquences se répercutent sur les écosystèmes.  Dans les prochaines décennies va s’élaborer le scénario du futur dans lequel les générations à venir devront se situer.  L’environnement sera pour elles un objet d’attention constante dans la plupart de leurs décisions.

Nous sommes confrontés à un défi de civilisation.  Le paradigme de la consommation croissante basée sur un modèle de production non durable est une menace pour tous les êtres de la planète.  Mais nous n’avons pas encore mis en avant un autre paradigme, celui-ci durable, qui créera des emplois pour les personnes et les biens nécessaires pour tous, notamment les plus pauvres.  Nous sommes donc à une croisée des chemins.

Le défi couvre une grande variété de domaines, entre autres: la nécessité de nouvelles technologies vertes, de nouveaux modèles de production, l’utilisation d’énergies propres, d’autres habitudes de consommation et modes de vie, la protection des communautés humaines menacées et la promotion du développement des pays les plus pauvres, une culture de respect et de soin de la nature avec des sanctuaires où protéger la biodiversité et les espèces les plus menacées: un mode de gouvernance planétaire qui permettra de relever ces défis à l’échelle internationale.  Cela signifie que la réponse à cet enjeu comporte des aspects politiques, économiques et culturels, ainsi qu’une action coordonnée au niveau mondial.  D’où la complexité du problème.

Les grands perdants sont les pauvres, particulièrement vulnérables à la dégradation de leur environnement et aux catastrophes naturelles.  Un modèle de production basé sur l’extraction des ressources naturelles engendre le déplacement de nombreuses communautés de leurs lieux traditionnels de vie.  Pour leur part, les populations rurales font l’expérience de comment la modification des conditions climatiques anéantit leurs récoltes.  A leur tour, les générations futures paieront le prix du bien être d’un groupe actuel de privilégiés.

2016_02_29_Reflection_Photo2 FRDans la Compagnie, la préoccupation pour l’écologie est récente, même s’il y a quelques antécédents.  En 1983, la Congrégation générale (CG) 33 mentionna comment les hommes nous détruisons la nature créée, quelque chose en lien avec le mépris de l’amour créateur.  En 1999, le Secrétariat de l’apostolat social a publié le document «Nous vivons dans un monde brisé, réflexions sur l’écologie.»  Plus récemment, la 35ème CG, en 2008, a parlé de la réconciliation avec la création comme d’un aspect essentiel de notre mission de réconciliation entre Dieu et l’homme.  Il soulignait combien la grande destruction de l’environnement menace l’avenir de la Terre.  En 2011 est apparu un autre document, «Guérir un monde brisé», accompagné d’une lettre du Père Général où il nous demandait un changement des cœurs, reconnaissants envers Dieu pour le don de la création et prêts à emprunter un chemin de conversion.

Nous avons besoin de renouveler le cœur, comme nous le demande le Père Nicolas, une conversion.  L’expérience montre que l’annonce de futures catastrophes mobilise peu.  Seule une attitude de considération et de gratitude pour la création, un sentiment de reconnaissance pour elle, va nous conduire à l’aimer et en prendre soin.  Un changement d’attitude qui nous fera également croître en tant qu’êtres humains.

Lorsque dans la Compagnie et dans l’Eglise nous parlons de la préoccupation pour l’écologie en général, nous essayons d’embrasser trois aspects inséparables.

Le premier, c’est la prise en charge de la nature.  Il s’agit de la connaître, de l’aimer et de la protéger.  Cela implique un intérêt pour la vie sous toutes ses formes et une considération de la nature qui nous entoure.  Dans la tradition chrétienne, toutes les réalités nous rappellent le Créateur, et davantage encore dans la mesure où elles sont complexes.  Elles ont une valeur en elles-mêmes.  Elles ne sont pas là simplement pour que l’on puisse en abuser et les dégrader, ni pour les éliminer.  Par conséquent il en découle une attitude de louange et d’action de grâce pour la création et la nature, une attitude qui est profondément ignatienne.  Au cours des dernières décennies, dans la théologie chrétienne s’est développé de plus en plus le concept de «soignants» de la création: appelés à être des soignants.  Comme dans toute famille, la responsabilité du soin doit revenir à celui qui a le plus de capacités.  C’est le rôle des êtres humains dans la grande famille de la création.

Le deuxième aspect, c’est la défense des plus vulnérables, qui comme nous l’avons dit, sont les communautés les plus pauvres et les générations futures.  Dans le domaine de l’écologie par exemple, se joue une question de justice.  Les populations qui ont le moins contribué à la détérioration de l’environnement sont celles qui sont le plus exposées et qui paieront un prix le plus élevé.  C’est le grand paradoxe, alors qu’en revanche, les pays qui reçoivent plus de bénéfices du développement industriel et qui ont abîmé la nature et émis une plus grande quantité de gaz à effet de serre sont ceux qui sont le mieux préparés à se défendre contre les conséquences de la crise à venir.

Le troisième aspect concerné par notre engagement envers l’environnement se réfère à un nouveau style de vie.  Le mode de vie consumériste des pays que nous disons développés, ainsi que celui des populations riches des autres pays, ne peut s’appliquer à tout le monde, parce que la planète n’a pas autant de ressources.  Il est non pérenne et injuste.  Nous avons besoin d’une nouvelle forme de culture.  Le Père Ellacuría, assassiné au Salvador en 1989, avait l’habitude de parler de la nécessité d’une «culture de la pauvreté», par opposition à la «culture de la richesse» qui a détruit la nature et asservi les êtres humains.  En maintenant l’actualité de ses paroles, mais en les adaptant à notre temps, nous pouvons parler de la nécessité d’une «culture de la sobriété partagée», c’est à dire du respect de la création et de la solidarité avec les êtres humains les plus vulnérables.  Ce mode de vie devra donner plus d’espace pour les cadeaux intangibles de l’existence humaine: l’amitié, la contemplation, l’écoute mutuelle, le soin des faibles, la profondeur spirituelle, le plaisir simple humain…

Nous sommes appelés à vivre plus humainement, ce qui revient aujourd’hui à être plus respectueux et affectueux pour la vie sous toutes ses formes.  Sobriété, simplicité de vie et solidarité en seront les signes.  Ce sera une vie plus belle et plus remplie.

Nous parlons donc de prendre soin de la création, de défendre les plus vulnérables et de découvrir une nouvelle façon d’être humain.  Comme on le voit, le mot écologie ne réunit pas cette richesse de contenus.  En fait, la dernière Congrégation Générale de la Compagnie a parlé de «réconciliation avec la création», expression plus complète.  Mais l’utilisation du mot écologie nous permet de construire un pont de dialogue avec de nombreuses personnes d’autres traditions humaines ou religieuses qui défendent la création comme nous.

Par dessus tout, nous devons affirmer fortement qu’il y a de l’espoir.  Il y a un grand nombre de personnes impliquées dans la protection de l’environnement: des agriculteurs, des consommateurs, des scientifiques, des économistes, des hommes d’affaires, des politiciens…  La prise de conscience croissante conduit à un plus grand engagement, qui surgit dans de nombreux coins du globe.  De façon particulière, les jeunes générations ont une plus grande sensibilité.  Parmi les jeunes peuvent se rencontrer des choix radicaux de vie sobre et non-consumériste.

Pour leur part, les religions ont un rôle crucial à jouer.  D’une part, parce que les motivations pour s’engager dans ce domaine sont en fin de compte spirituelles.  D’autre part, elles offrent des styles de vie bonne.  Une grande partie de la défense de l’environnement réside, comme nous le disions, dans un nouveau style de vie que les religions sont appelées à promouvoir.  Choisir la vie aujourd’hui comprend la défense de la création au quotidien.

La Compagnie tente de relever ce défi avec des manières très différentes.  Il y a des communautés qui réduisent leurs déchets, recyclent, qui ont mis en place une journée végétarienne par semaine, qui ont éliminé l’utilisation des voitures privées, gardent trace de leur «empreinte écologique», économisent l’eau, utilisent l’énergie solaire…  De nombreuses institutions comme les écoles, les universités, les maisons de retraite, des centres sociaux, ont des programmes pour améliorer leur efficacité énergétique, gérer le recyclage de leurs déchets, diffuser la conscience de l’importance de l’environnement, construire des bâtiments respectueux de l’environnement et préserver des campus verts…

Il existe des institutions qui se consacrent à la protection des communautés pauvres qui connaissent cycliquement les effets des catastrophes naturelles.  D’autres accompagnent les populations déplacées de leurs terres par les grands projets réalisés au nom du développement.  D’autres encore travaillent depuis des décennies en mettant en lumière d’autres moyens pour un développement qui soit durable, qui défende la vie humaine et qui respecte la nature.  Il y a aussi des initiatives internationales qui aident nos sensibilités à grandir en maturité et à s’engager davantage.  Toutefois, nous avons encore beaucoup à faire.  Le défi, comme nous l’avons dit, c’est un défi de civilisation, alors nous avons besoin de donner naissance à une nouvelle manière d’être humain, en tant qu’individus et en tant que sociétés.  Et cela, étant donné ce que nous entendons comme bien vivre dans les conditions actuelles, suppose que le défi soit révolutionnaire.  La Terre se trouve dans un moment critique historique qui menace la vie qui l’habite.  Nous, les personnes appelées par Dieu – l’ami de la vie – pour être à son image et à sa ressemblance, nous ne pouvons par perdre cette occasion.

Cet article fait partie de l’Annuaire 2015 de la Compagnie de Jésus qui portait sur l’écologie, publié par la Curie Généralice de la Compagnie de Jésus en septembre 2014.  Ecojesuit a reçu la permission de reportages sur cette publication.

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