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Les organisations de la société civile demandent lors de COP25, une bonne gestion des tourbières et l’annulation des concessions dans le bassin du Congo

15 février 2020
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La Cuvette Centrale ou le bassin du Congo, la plus grande tourbière tropicale du monde, peut stocker deux fois plus de carbone que les forêts terrestres et dix fois plus que le sol minéral normal. Ces réservoirs de carbone peuvent contenir autant de carbone que l’atmosphère terre et, s’ils sont drainés ou perturbés, peuvent être des moteurs d’émissions de gaz à effet de serre. (Source : Conserving the Congo Basin: Cuvette Centrale by K White in The Planetary Press, March 2019)

Rigobert Minani SJ

La prise de position de la société civile sur les tourbières du bassin du Congo (Note de Position des organisations de la société civile sur les tourbières du Bassin du Congo, 11 décembre 2019) a été publié dans un communiqué de presse le 11 décembre 2019 lors de la COP25 à Madrid, en Espagne.

Un sujet de débat entre la société civile et les gouvernements de la région du bassin du Congo lors des assises de COP25 était la question de la gestion des tourbières dans le bassin du Congo.

Les organisations de la société civile ont recommandé aux gouvernements de la République démocratique du Congo (RD Congo) et de la République du Congo (également connu sous le nom de Congo ou Congo-Brazzaville) d’annuler les concessions forestières, agricoles, pétrolières et minières qui chevauchent le complexe de tourbières ou son écosystème et de déclarer par des politiques et des lois contraignantes ces zones interdites au développement industriel. Les donateurs internationaux sont invités à faire de l’annulation des concessions et des blocs de pétrole une condition préalable à un soutien financier à ces pays.

En 2017, des chercheurs de l’Université de Leeds au Royaume-Uni et de l’Université de Kisangani en République démocratique du Congo ont découvert que les tourbières du bassin du Congo couvraient une superficie cinq fois plus grande que ce qui était rapporté dans la littérature scientifique précédente.

Ces tourbières couvrent une superficie d’environ 145 000 kilomètres carrés couvrant la RD Congo et la République du Congo, ce qui équivaut à la taille de l’Angleterre. Avec cette taille, ce serait le plus grand complexe de tourbières tropicales au monde. (Dargie, G, Lewis, S, Lawson, I. et al. Age, extent and carbon storage of the central Congo Basin peatland complex. Nature 542, 86–90, 2017).

Les chercheurs estiment que ces tourbières stockent jusqu’à 30,6 milliards de tonnes de carbone, l’équivalent de près de 20 ans d’émissions de combustibles fossiles aux États-Unis. S’ils sont libérés, ils seront une véritable catastrophe écologique.

La récente confirmation de l’étendue du complexe de tourbières fait des forêts marécageuses du bassin du Congo l’un des écosystèmes les plus denses en carbone de la planète. Avec la présence de ces tourbières, les stocks de carbone forestier dans le bassin du Congo sont estimés à 70 milliards de tonnes de carbone. Si toutes ces données sont confirmées par d’autres sources, cela fait de la forêt du bassin du Congo un espace essentiel pour la stabilité du climat mondial. (Ramsar, Largest Transboundary Ramsar Site in the world established in the Congo River Basin, 21 November 2017[https://www.ramsar.org/news/largest-transboundary-ramsar-site-in-in-the-world-established-in-the-congo-river-basin])

La tourbe est formée par la décomposition partielle des plantes ou d’autres matières organiques en raison d’une période prolongée de saturation en eau élevée. Il est essentiel de maintenir les tourbières humides afin que le carbone accumulé pendant des milliers d’années reste piégé dans le sol.

La prise de position a également noté les menaces qui pèsent sur ces tourbières, dont en première ligne les projets pétroliers que les gouvernements ont récemment signés avec les compagnies pétrolières. En effet environ 75% des tourbières sont actuellement couvertes de blocs d’hydrocarbures en République du Congo et en République démocratique du Congo. En outre 80% du complexe de tourbières est en concession, soit pour l’exploitation forestière, l’agriculture ou pour les blocs de pétrole, créant ainsi une incertitude inacceptable sur le sort des tourbières dans le bassin du Congo et le rôle crucial qu’elles jouent dans la stabilité climatique.

Le parc national UNESCO Salonga en RD du Congo, situé près des tourbières du bassin du Congo, fait l’objet d’une demande de déclassement pour un projet pétrolier par le gouvernement. En République du Congo, quatre blocs ont été approuvés pour l’exploration pétrolière tandis que trois autres blocs pétroliers où se trouvent les tourbières sont inclus dans le processus d’autorisation de l’exploitation 2018-2019. Le gouvernement congolais a récemment annoncé la découverte d’un champ pétrolier dans l’un des blocs situés dans les tourbières qui pourrait quadrupler la production du pays. (Sources:La Libre Afrique et RFI)

Selon la communauté des scientifiques du bassin du Congo et la société civile, la production de pétrole et les projets d’infrastructures connexes exposeraient les tourbières et les forêts du bassin du Congo et menaceraient les efforts mondiaux de lutte contre les émissions de CO2. La société civile a souligné que le forage pétrolier dans ces zones, dans l’un des écosystèmes les plus denses de la planète, est incompatible avec l’objectif de l’Accord de Paris.

C’est pour ces raisons que les organisations de la société civile au cours de la COP25 ont plaidé pour l’annulation des contrats pétroliers qui constituent de sérieux obstacles à la promotion d’une protection crédible et à long terme des tourbières.

En mars 2018, le Programme des Nations Unies pour l’environnement et les partenaires de l’Initiative mondiale sur les tourbières ont réuni la République démocratique du Congo, la République du Congo et l’Indonésie pour signer conjointement la déclaration de Brazzaville pour protéger la région de la Cuvette Centrale du bassin du Congo, considérée comme la plus grande tourbière tropicale du monde . La déclaration de Brazzaville visait à protéger les tourbières d’une utilisation non réglementée des terres et à prévenir le drainage et la dégradation de ce « réservoir de carbone d’importance mondiale ».

Le Réseau ecclésial de la forêt du bassin du Congo ou (REBAC) est parmi les organisations présentes au COP25 et a soutenu la prise de position 2019 de la société civile congolaise. Il continue aussi à s’engager avec ces organisations pour appeler à la bonne gestion des tourbières et à la protection du bassin du Congo et de ses habitants.

Les organisations de la société civile qui se sont jointes à la prise de position sont :

2020_02_15_N&E_Photo3Histoire connexe :

National Geographic a publié le 1er octobre 2019 cet article Inside the search for Africa’s carbon time bomb de Daniel Grossman qui documente le voyage des scientifiques et de l’équipage pour localiser les tourbières du bassin du Congo.

Rigobert Minani SJ est le coordinateur du REBAC et fait partie de l’équipe Ecojesuit de la Conférence jésuite d’Afrique et du Madagascar. Il était accrédité lors de la COP25 à Madrid, Espagne, dans la délégation officielle de la République démocratique du Congo

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