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Une exception libanaise: Le domaine Tanaïl et le défi de la gestion d’un bien temporel

15 juin 2014
Le domaine Tanaïl, à l’entrée de la région de la vallée de la Bekaa, reste un lieu rare et exceptionnel au Liban avec son bois bien conservé, sa terre et ses produits laitiers, sa crémerie agricole à la fois productie et durable, et ses activités environnementales et touristiques. Crédit photo: arcenciel

Le domaine Tanaïl, à l’entrée de la région de la vallée de la Bekaa, reste un lieu rare et exceptionnel au Liban avec son bois bien conservé, sa terre et ses produits laitiers, sa crémerie agricole à la fois productie et durable, et ses activités environnementales et touristiques. Crédit photo: arcenciel

arcenciel (Traduction: Jean Mboma, SJ)

Comme vous vous retrouvez en bas du Mont Liban en direction de Chtaura, la vallée de la Bekaa se dévoile devant vous. Le modèle hétérogène de champs fertiles et de l’urbanisation anarchique est un rappel que le Liban hérite son identité autant de traditions millénaires que de la dynamique de développement des dernières décennies.

Quelques arbres seulement brisent la monotonie de cette terre sur-exploitée. De nombreux facteurs doivent être pris en compte pour expliquer cette morosité: la politique agricole mise en place par l’Empire ottoman au 19ème siècle, le besoin urgent de bois pendant la Première Guerre mondiale, l’occupation syrienne à la fin du 20e siècle. Mais comme vous continuez votre chemin vers Anjar et la frontière syrienne, une végétation exubérante brise le cycle de bâtiments et laides terres agricoles.

Le domaine Tanaïl, avec ses lacs, ses arbres et sa production agricole diversifiée, n’est pas une ferme moyenne de la Bekaa. Sa taille (220 hectares, une rareté dans le secteur agricole du Liban) la met dans une catégorie à part. Mais la vraie singularité se trouve dans le passé de Tanaïl, son présent et ses objectifs de développement futurs.

L’héritage jésuite

Après l’assassinat brutal de cinq membres de la Compagnie de Jésus en Juin 1860 et grâce à l’appui solide de l’Empire Français, la congrégation obtint réparation sous forme de don de plus de 200 hectares (deux millions de mètres carrés) de marécages. Dans les années 1870, et grâce au travail acharné du Frère Louis Gemayel, le terrain a été modelé pour devenir le domaine qu’il est aujourd’hui – où il y a une rivière et des dizaines de canaux creusés pour gérer l’excès d’eau des pluies d’hiver, où il y a des arbres plantés pour renforcer la structure du sol, et où les premiers bâtiments agricoles et spirituels avaient été construits.

C’est le début d’une longue aventure, où l’agriculture, la spiritualité et l’innovation sociale travaillent ensemble pour atteindre les objectifs apostoliques de la congrégation. Depuis près de 150 ans, et malgré les guerres et les tensions, la terre a prospéré et a conduit la région vers de meilleures pratiques.

De la construction d’un orphelinat à l’importation de l’une des premières batteuses à essence du pays au 19ème siècle, à la dévotion à la Vierge Marie de la Consolation et la gestion d’un dispensaire pendant la guerre civile des années 1980, le domaine Tanaïl est vraiment un modèle unique de développement dans le pays.

Le lac dans le domaine Tanaïl reflète un calme et une paix possibles dans une région troublée.  Crédit photo: arcenciel

Le lac dans le domaine Tanaïl reflète un calme et une paix possibles dans une région troublée. Crédit photo: arcenciel

Le défi de la gestion d’un bien temporel

La mission apostolique de la Compagnie de Jésus sur le domaine ne pouvait être atteinte que grâce à l’aide accordée à son personnel et aux habitants de la région. En 2000, la gestion quotidienne de la ferme est devenue trop lourde pour les Jésuites pour poursuivre leurs objectifs spirituels. En 2009, une solution a été trouvée pour relancer les activités économiques tout en veillant à ce que les impératifs du développement durable soient respectés.

arcenciel, une ONG libanaise travaillant sur les pratiques de développement durable et ayant des liens étroits avec la congrégation, a été choisie pour restructurer le domaine. En moins de deux ans, le nom de domaine est à nouveau rentable et soutient les diverses activités sociales dans la région, tout en assurant des investissements suffisants sur la ferme. La gestion de arcenciel, sous la surveillance étroite de la Compagnie de Jésus, est un bon exemple de l’esprit d’entreprise au service des causes sociales.

Les différentes activités (productions végétales, animales et laitières, le tourisme) sont gérées indépendamment pour plus d’efficacité, les moyens de production sont modernisés, et chaque membre du personnel est éligible à la prime et aux subventions en fonction de ses besoins, performances et projets.

Indépendamment des problèmes politiques et sécuritaires dans la région, le domaine accueille plus de 80 000 visiteurs chaque année. Il est à nouveau rentable et soutient la Compagnie de Jésus et arcenciel dans leurs activités sociales envers les personnes en difficultés. Avec une douzaine de nouveaux projets pilotes mis en œuvre, le domaine Tanaïl vise à nouveau devenir un modèle pour la région.

Tourné vers l’avenir

L’horizon politique troublé du Liban ne permet pas qu’on se fie à la planification du gouvernement. Pour faire face à ce problème, et tout au long de ses 28 années d’expérience, arcenciel a développé une méthodologie s’appuyant sur le travail communautaire, l’institutionnalisation des services, et la création de politiques publiques. Elle a donné naissance à un ensemble de lois sur la sécurité sociale et la gestion des déchets dangereux, et a l’intention de répondre aux défis des problèmes sociaux et environnementaux du Liban.

Le domaine Tanaïl est un laboratoire à ciel ouvert pour des réponses innovantes aux besoins de la région, et abrite une douzaine de projets pilotes pour étudier les questions de l’agriculture durable. Une fois que les projets sont économiquement viables, ils peuvent potentiellement être reproduits.

L’un des projets les plus avancés est la construction d’une unité de production de bio-pesticides. S’appuyant sur un processus naturel où les protéines sont synthétisées par des bactéries dans le sol et certaines des techniques industrielles les plus avancées, il a l’intention de développer des solutions de protection des végétaux écologiques et produits localement pour les agriculteurs Libanais.

Toutes ces réussites ou “success stories” en cours sont intégrées aux activités d’écotourisme du domaine. Alors que les visiteurs profitent d’une promenade à l’ombre des ormes et des cendres, ils prennent conscience des questions environnementales. Et comme ils quittent le site, en passant par l’image œcuménique de la Sainte Vierge, ils retournent à la maison avec plus que juste l’image d’un agréable après-midi.

C’est vraiment un site qui fait chaud au cœur, et l’on peut espérer que le domaine va prospérer pendant encore 150 ans et continuera à contribuer aux changements indispensables dans la région.

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